Durant plus de six ans, j'ai travaillé avec Francis, au
service des enfants accueillis dans un établissement d'éducation
spécialisé(e). Nous avons passé des heures à parler d'éducation et
de pédagogie, de psychologie, philosophie, sociologie...Et puis de
nous. Cet homme érudit, remarquable d'altruisme et
d'humanisme, s'est battu jusqu'au bout pour que chaque enfant
ait sa place dans la société et "soit en capacité de résoudre par
lui-même les problèmes de la vie" (sic). Professionnel
au cursus exemplaire, cet homme à l'humilité qui caractérise les
gens d'exception m'a beaucoup donné, beaucoup appris, et je lui
dois beaucoup de ce que, bien modestement, j'essaie de
transmettre à mon tour. Et tant d'autres lui doivent aussi, même
s'il se plaisait à dire: "parler n'est pas faire apprendre, il
appartient à chacun de se saisir de ce qu'il reçoit et de se forger
sa propre représentation du monde".
La cupidité de personnalités vénielles, le profit, la
convoitise, les mégalomanies et autres pervesités qui se sont
opposées à lui, ont eu raison pour un temps de sa sensibilité et de
son humanitude, de son esprit visionnaire et de son
volontarisme. Pensées conformistes et "fixistes" n'ont eu de
cesse de harceler celui qui mettait tous ses espoirs dans la
capacité des enfants à se développer, et mettait en avant la
pédagogie de la médiation par l'humain. Il n'aura eu de cesse de
lutter contre celles-ci, maltraitantes, avaricieuses, fiéleuses et
leurs enrichissements personnels "sur le dos des enfants", et ce,
jusqu'à l'épuisement. Après quarante ans d'exemplarité et de
dévouement, il a cédé sous les pressions, les
menaces, le harcèlement d'un personnage dont le nom ne mérite
pas de figurer ici. Alors avec son épouse, discrètement,
il s'est retiré loin des hommes pour retrouver leur
soleil méridionnal, leurs cigales, et les voix chantantes des
maquis et la montagne .
Francis n'aura profité de sa retraite que durant
deux ans. Il s'est éteint le dix-sept août 2010 au matin, d'un
arrêt cardiaque massif, alors qu'il s'apprêtait à préparer le petit
déjeuner de sa femme et de ses amis, comme il en avait
l'habitude. Ceux qui l'ont bien connu se souviendront de lui comme
d'un homme sage, bon et généreux. Ceux qui l'ont à peine connu,
regréteront de n'avoir pu comprendre les passions, les convictions
de ce Bernard Palissy de l'éducation. Et quelques autres se
repentiront de l'avoir fait souffrir ou ne l'avoir pas
compris.
Francis était un ami (Michel, tu l'as si bien dit dans
son élégie funèbre le 20, dans la petite église de Saint-Laurent
les Murets) et il nous a donné à tous un peu de lui. De l'amitié,
de la compréhension, des savoirs, des utopies parfois. A nous de
nous en montrer dignes en métobolisant en nous, puis en la mettant
en acte comme il aimait à le dire, à notre tour, le meilleur de
nous-mêmes. Francis n'était pas un prophète, pas d'homélie, pas de
violence...Un Gandhi anonyme, amène, qui jouait avec les enfants,
réconfortait leurs familles. Donner était pour lui
s'enrichir.
Et puis je ne peux oublier Christiane et leur fils
Cyril dont je sais qu'ils étaient pour lui ses plus fidèles amours,
ses plus solides soutiens. Ce soir, plus que jamais, je pense à eux
et je sais leur solitude.
Qaunt à moi, jai écrit ce soir, après avoir appris son
décès ce petit sonnet en alexandrin. Je suis un bien piètre
"poète", mais il aimait la musique, la littérature, et les billets
mal écrits pourvu qu'ls soient sincères. Un autre jour, j'écrirai
peut-être de plus jolies strophes, une geste ou peut-être pas. Mais
il restera dans mon coeur comme une de ces rares "rencontres" que
l'on a dans sa vie. Et je suis fier d'avoir partagé avec lui un peu
de son existence. Il est difficile de parler d'un ami ou d'un
maître...
Ma famille et moi pensons à vous Francis, et à Christiane
que nous chérissons aussi. Nanie (ma femme que vous avez tant
soutenue quand elle a eu son a accident en 2007), Camille,
Charlotte et Paul se souviennent trop bien de vous. Je ne leur ai
encore rien dit. Très souvent ils me parlent de
vous...Comment leur annoncer..?
A
bientôt Francis. Vous me manquez mais nul doute que nous nous
retrouvions un jour.
Quelque part en Lozère, dans ces
pentes sylvestres,
Où les bruyères s'enroulent comme
des rubans, si prestes
Jusqu’aux cimes épaisses qui
ombragent les chemins
De l’aurore aux neuvaines,
un ami s’est éteint.
Loin des hommes et des heurs, de
leurs heurts "atavins",
Aux plus sombres heures
il liait encore dans ses mains
Des bouquets de pensées, quelques
tomes, des bouquins,
Qu’il offrait aux enfants,
ses antiennes aux anciens…
Je serai là demain, mon ami
–si je puis-,
Tu sauras ma présence sur un banc
de l’église,
Je saurai ton absence dans la
lumière trop grise
Au travers des vitraux endeuillés
eux-aussi.
Pas de cierge d’apparat,
mais nos yeux lie de vain
Pour murmurer –Francis-
l’indicible chagrin.
A Francis
(Ordines)
A Christiane (sa femme), à son
fils Cyril et sa famille, à ses amis.
Et la mémoire de tous ces
enfants des IM.E qu'il a portés et de leurs familles
reconnaissantes.
(Francis est à
gauche sur la photo, Roger au centre et Christiane à droite -
photographie faite avec un téléphone portable, en 2004 à Pionnat.
Je n'ai hélas pas d'autre photo de lui -
Le 18 août
2010,
Jean-Marc
PERAUT
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